Visite du Musée africain de Lyon
26/04/16

Nous étions une vingtaine d’Amopaliens ce mardi d’avril pour une visite guidée du Musée Africain de Lyon, situé au 150 Cours Gambetta. Nous avons été accueillis par Mme Lathuillière, une des deux responsables, dans ce vaste édifice qui est d’abord le siège de la Société des Missions Africaines (SMA) de Lyon, fondée en 1856. Le bâtiment actuel date des années 1923-24 : dès le départ, les architectes avaient prévu un espace de 750 m2 aménagé sur 3 étages pour recevoir les collections.

Dans un premier temps, Mme Lathuillière évoque l’origine de cette collection. Dès 1861, le supérieur général demande à ses missionnaires, alors au Dahomey (actuel Bénin) :
« N’oubliez pas de nous envoyer une collection de choses de votre nouvelle patrie. Nous voulons avoir dans notre musée tous vos dieux d’abord, des armes, des outils, des ustensiles de ménage ; en un mot rien ne doit y manquer ».
Notre guide esquisse alors l’histoire de la collection et de ses modalités de présentation : évolutions de la muséographie, visions successives des mondes africains. Mention est faite du gros travail de Francis Aupiais qui, à partir de 1927, souhaite mettre en avant l’homme africain et présenter les objets sous un angle ethnologique et non vanter l’œuvre missionnaire.
Après des périodes récentes de fermeture, une nouvelle muséographie est mise en place depuis 2007. Le musée expose 2 126 pièces (sur 8 000 !) réparties dans 140 vitrines. La SMA en a confié la gestion à l’Association des Amis du Musée Africain de Lyon.
Le musée cherche à montrer et à valoriser la diversité de l’Afrique de l’Ouest aux XIXe et XXe siècles. Il monte également des expositions temporaires consacrées aux productions africaines contemporaines ; signalons aussi l’existence d’une bibliothèque ouverte aux chercheurs.
Nous nous séparons en deux groupes pour parcourir les trois étages.

 Niveau 1 - La vie quotidienne
Les vitrines présentent de nombreux objets de la vie quotidienne :

  • Mobilier, harpons, filets pour la pêche, arcs, lances, et « multi couteaux » aux tranchants redoutables que l’on lance à la façon d’un boomerang, poteries, cuillères etc. Ces objets par leurs décorations (peintures, rayures) peuvent indiquer ou le milieu social qui les utilise, ou un rôle cultuel. Ainsi cette grosse terre cuite dite « canari » qui permet de garder l’eau fraîche et que le (ou la ?) potier a orné de motifs symboliques évoquant la masculinité (les triangles) ou la féminité (les carrés).
  • Un métier à tisser, familier pour des Lyonnais : il est démontable, car le tisserand va de villages en villages. Et pour garder le lien avec sa famille, sur un anneau en face de lui apparaît une petite sculpture du visage de son épouse.
  • Quelques grandes photos prises par le missionnaire Jacques Berthon dans les années 1930-50 qui « ne sauraient être appréhendées comme des supports de revues missionnaires » mais comme des documents d’architecture et d’archéologie. (Étude de Laurier Zerbini, Université de Lyon II). On retiendra celle d’un énorme silo à grains qui nous est commentée.

 Niveau 2 - La vie sociale : les pouvoirs, le commerce,
Cet étage débute par l’une des grandes richesses du Musée : les poids à peser l’or des anciens Akan (peuples localisés à l’est de la Côte d’Ivoire actuelle et au Sud-Ouest et Nord du Ghana). Bien avant la venue des Européens, les Akan avaient inventé un système de « poids-monnaie » basé sur les graines d’Abrus precatorius. De nombreuses figures, de taille et donc de poids variables, sont présentées : elles représentent la flore, la faune, les ancêtres, les génies etc. Utiles aux marchands, elles le sont aussi aux conteurs et témoignent des valeurs socio-culturelles ; formant un véritable « livre des anciens Akan ».
Les vitrines suivantes offrent des objets insignes du ou des pouvoirs : certains sont de véritables œuvres d’art : aux abords des palais, le souverain entretient une clientèle d’artisans, dignitaires de second ordre. Certaines techniques (travail du cuivre…) ne peuvent être utilisées que pour les arts royaux.
Nous voyons successivement :

  • Des récades du Danhomé (= Dahomey en langue fon) grand royaume (1600-1880), sceptres royaux pour la parade, mais aussi comme témoins d’authenticité lorsque le souverain le confie à un messager. L’une de ces récades est ornée de 2 cadenas, pour signifier que « le royaume est impénétrable aux étrangers ».
  • Une couronne cérémonielle Yoruba, début XXe,
  • Un épi de faîtage en argent orné d’un bateau à voiles européennes (XVIIIe).
  • Des sièges cérémoniels, ou trônes, à distinguer des sièges « noirs » des ancêtres.

Enfin, nous nous arrêtons devant un document exceptionnel : une des deux portes de maison dite « porte du capitaine Marchand » : notre capitaine (oui ! celui dont les Lyonnais ont attaché le nom à celui de Kitchener pour baptiser un pont de la Saône !) est transporté en hamac pour une visite d’inspection, fumant sa pipe. Le travail est délicat, plein d’humour, avec de vrais cheveux, moustache etc., la scène renvoie bien à l’image du blanc vu par les colonisés ; travail baoulé début XXe.

Niveau 3 - La vie religieuse et artistique
Il est nécessaire de corriger la vision par trop simpliste dont on gratifie trop souvent la religion animiste : il s’agit d’une religion variée et complexe, tournée vers le monde de l’invisible : on croit en une force initiale qui anime et les êtres vivants, et les éléments naturels (les pierres, le vent, etc.). Autels et fétiches (du portugais feitiçio = sort) posent le problème du transfert de vocabulaires entre nos langages ; sur les autels, les statues d’ancêtres et sculptures zoomorphes fonctionnent « sur un mode analogique, version composite et microcosmique du monde des hommes » (Julien Bondaz, CNRS).
Au passage, on remarque un plateau divinatoire où apparaît le visage sculpté de ESHU, considéré comme le principe créateur dans le culte vaudou (qui est ici dans ses terres d’origine).

Notre attention porte à l’évidence sur la collection de masques africains : leur présence dans un musée gomme leur rôle d’objets culturels comme leur fonction sociale, et leur donne une nouvelle identité. La mise en exposition actuelle des masques Dan, Wè et Krou montre que les régions stylistiques sont des zones de contact et de transitions.
On suit les masques ovoïdes représentant une vision idéalisée et simple du visage humain ; puis les masques wè où les éléments du faciès obéissent à un jeu de figures géométriques aux possibilités d’assemblage infinies.
Masques pour les funérailles, les danses (sacrées ou divinatoires, etc.), pour se déguiser en femme... ou tout simplement pour voir l’invisible !

Il appartenait au père F. Aupiais, dans les années 1920 d’entreprendre une « croisade » (sic !) pour dissiper les préjugés nés de la méconnaissance du milieu africain ; certes, il n’était pas le seul (voir le succès des masques dans l’art de cette époque), mais il voulait faire prendre conscience des risques d’une acculturation qui pouvait entraîner la disparition des coutumes traditionnelles.

On nous permettra de conclure avec Abdou DIOUF qui dans le texte de présentation du Musée y trouve un souci de « dialogue interculturel et la rencontre avec l’Autre ainsi qu’un carrefour des arts de l’Afrique de l’Ouest et une passerelle entre l’ancienne puissance coloniale et l’Afrique d’aujourd’hui. »

En savoir plus : www.musee-africain-lyon.org

Louis Sanyas
Photos : Jacqueline Dauphin

  • Jarre

    Jarre

  • Balance à peser l'or

    Balance à peser l'or

  • Recades

    Recades

  • Siège

    Siège

  • Porte du capitaine Marchand

    Porte du capitaine Marchand

  • Masque

    Masque

  • Masque

    Masque

  • Masque

    Masque