Les coulisses de l'opéra
13/12/16

Notre guide, Jérôme, nous rejoint sur la place qui sépare l’Opéra de l’Hôtel de Ville. C’est un des endroits prestigieux de Lyon.  Un peu d’histoire d’abord : Au XVIIIe siècle il y avait à cet emplacement un jardin, « le Jardin de l’Hôtel de Ville » que les lyonnais appréciaient beaucoup. Un premier Opéra a été construit ici par Soufflot. Il comportait déjà un parterre en plan incliné, une machinerie de scène, un logement et un chauffoir qui sera appelé par la suite un foyer. Mais l’acoustique était mauvaise et cet Opéra est démoli en 1830 pour faire place à un nouveau bâtiment construit par les architectes Antoine-Marie Chenavard et Jean-Marie Pollet. Il avait l’aspect que nous avons connu jusqu’aux dernières transformations : fenêtres en arcades, galerie extérieure et, au sommet, un toit bas.

Dans les années quatre-vingts on commence à se poser des questions sur son fonctionnement : pas assez d’espace, pas de conformité aux nouvelles normes. On envisage la construction d’un deuxième Opéra à l’imitation de l’Opéra Bastille, ce qui entraînerait sa démolition et le dégagement de la perspective de l’Hôtel de Ville depuis le quai du Rhône. Mais on optera finalement pour la conservation de ce bâtiment emblématique. Un concours est lancé pour sa transformation remporté par l’architecte Jean Nouvel. Celui-ci va conserver l’aspect extérieur du bâtiment à l’exception du sommet qui sera haussé d’une voûte. À l’intérieur, seul le foyer, au style XIXe siècle très ornementé, est épargné, tout le reste est démoli pour faire place à une nouvelle structure qui s’encastre dans les murs sans s’appuyer sur eux. De l’intérieur nous apercevrons d’ailleurs le quartier alentour à travers les nouvelles rampes d’escalier.

Nous entrons par le côté pour visiter ce nouvel espace qui s’étale sur 16 niveaux, cinq en sous-sol et onze en étages. Il faudra gravir beaucoup d’escaliers. Nous commençons par le sous-sol au niveau moins cinq, à moins vingt mètres où la nappe phréatique est régulièrement pompée. Nous découvrons la salle de répétition des spectacles aux mêmes dimensions que la salle réelle. On y travaille avec les lumières et les panneaux acoustiques. Les décors sont acheminés ici tout prêts à être montés. Au niveau supérieur on trouve la salle de répétition de l’orchestre, complètement insonorisée, les locaux des accessoiristes et la salle de conservation des costumes au parfum de vodka (utilisée pour masquer les odeurs !). Nous accédons ensuite à l’amphithéâtre avec son espace d’orchestre où sont donnés régulièrement des petits concerts, puis nous découvrons l’envers du décor de la machinerie et des structures du bâtiment qui s’appuie sur des piliers en béton bien visibles. L’architecte a travaillé avec des acousticiens. Le noir laqué est omniprésent dans les espaces de circulation, escaliers, roulants ou non, rotonde d’accès du public au rez-de-chaussée. Tout est conçu pour faciliter le repérage des visiteurs avec une billetterie qui fait face à l’entrée. Nous découvrons au rez-de-chaussée le plan en coupe du bâtiment et les onze niveaux qu’il nous faudra monter pour accéder au sommet. Nous commençons par le foyer avec le décor conservé de Domer, richement orné qui s’ouvre sur de larges baies en arrondi dont les fenêtres à carreaux ont fait place à des vitres. Puis on accède à la salle de concert avec ses 1100 places, toutes avec vision sur la scène. C’est une salle à l’italienne au mobilier et aux murs entièrement noirs qui suscite des appréciations très variées. Les sièges sont en bois ignifugé, les corbeilles sont des illusions d’optique.

Puis nous entamons notre montée finale vers le dôme et nous ne regretterons pas nos efforts car la salle d’entraînement des danseurs, avec ses miroirs, ses centaines de petits stores s’ouvrant sur la lumière du ciel au-dessus de la ville, offre une vue imprenable sur l’Hôtel de Ville, la Croix Rousse et la presqu’île. Dommage que le brouillard nous empêche de voir très loin. Un dernier coup d’œil sur les suspensions en forme de vastes soucoupes qui ornent le plafond et qui servent à l’acoustique (les abat-sons), et nous redescendons pour terminer cette belle visite, non sans avoir évoqué la neuvième muse,Uranie, absente dans la série des statues de bronze qui ornent la façade mais ceci est une autre histoire !

Jacqueline Dauphin
Photos : Jacqueline Dauphin et internet

  • La façade

    La façade

  • Salle de répétition

    Salle de répétition

  • L'énorme monte-charge

    L'énorme monte-charge

  • La salle de répétition des danseurs

    La salle de répétition des danseurs

  • Les Muses

    Les Muses